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Une approche gestaltiste multiréférentielle du rêve

Gingers Seržs

Août 2001
par Serge Ginger

Dans ce bref article, j’évoquerai très rapidement quelques approches traditionnelles antiques : Mésopotamie, Egypte, Grèce, Judaïsme puis les approches plus modernes : Freud et Jung et enfin, les recherches scientifiques contemporaines.
Je terminerai par une tentative de synthèse — que j’expérimente avec succès depuis plusieurs années, dans le cadre de sessions de Gestalt-thérapie, et que j’ai présentée souvent, en France comme dans de nombreux pays étrangers.
Je laisserai délibérément de côté toute approche ésotérique et m’en tiendrai aux données scientifiques et aux hypothèses actuelles des neurosciences.

Le rêve comme “message”

Chacun se souvient du fameux songe du Pharaon : les sept vaches grasses et les sept vaches maigres. Pour avoir su l’interpréter, Joseph sortit de prison et devint Premier Ministre d’Egypte.
À vrai dire, de tout temps, le rêve a intrigué les hommes et ceux-ci ont toujours cherché à en décoder les messages : 3000 ans avant notre ère, on pratiquait déjà l’interprétation prophétique et l’application thérapeutique du rêve en Mésopotamie.
On sait qu’à cette époque, l’interprétation des rêves constituait un métier vénéré. La légende raconte ainsi qu’à la cour du Roi de Babylone étaient attachés 24 onirologues (spécialistes des rêves) réputés. Un jour, le Roi fit un songe qu’il pressentait important. Chacun des onirologues lui donna une interprétation différente et le Roi était bien embarrassé… Mais en fait, les 24 prédictions se réalisèrent toutes, démontrant ainsi brillamment la polysémie de tout langage inconscient.
Chez les Grecs, 420 temples d’Esculape étaient spécialement dévolus à l’incubation : on y dormait à même le sol, enroulé dans une peau de bête sanglante, parmi les serpents sacrés, en implorant un songe, censé guérir la maladie !…
Les Juifs considéraient qu’un rêve non interprété était comme une lettre non lue, c’est-à-dire un offense à l’auteur.
Mais, au fait, qui en est l’auteur ? Le rêve est-il l’expression de l’inconscient du rêveur (Freud) ou bien un message venu d’ailleurs ? Inconscient collectif (Jung), message “transpersonnel” (Grof, Descamps), qui expliquerait les rêves prémonitoires ?
Ou bien n’est-il qu’un phénomène biologique naturel (Jouvet, Dement, Hobson) ?

Freud, Jung… et les autres

Pour Freud, le rêve était “la voie royale” vers l’inconscient.
Perls, le père de la Gestalt-thérapie, ne désavoue pas son maître — au moins sur ce point — et il déclare même que l’analyse détaillée d’un seul rêve pourrait nourrir toute une thérapie !
Freud considérait que “les rêves ont un pouvoir de guérison, de soulagement” et son disciple Ferenczi leur attribuait un rôle “traumatolytique” (ils étaient chargés de dissoudre et “digérer” les traumatismes). Cela serait particulièrement vrai pour les rêves récurrents (à répétition) — qui viseraient à effacer progressivement le halo affectif entourant un souvenir stressant.
Pour Freud, le rêve n’est pas un message transcendant d’en-haut, mais un message immanent d’en-bas, en provenance du “continent noir” des pulsions inconscientes.
Jung va lui redonner une valeur plus élevée en lui attribuant non seulement des causes psychologiques ou biographiques, mais une perception inconsciente du fonds culturel commun de l’humanité. Pour lui, les rêves s’étendent sans discontinuité vers le passé, mais aussi vers l’avenir : le rêve ne cache pas quelque désir refoulé, mais au contraire révèle des données de l’inconscient collectif et peut même revêtir une signification ésotérique.

Les recherches récentes

L’approche psychanalytique a dominé entre les années 1900 et 1960 ; mais il n’en est plus de même aujourd’hui — notamment à la suite des travaux du Français Michel Jouvet.
On sait aujourd’hui que seuls les animaux supérieurs rêvent. Les animaux à sang froid (poissons, reptiles) ne rêvent jamais, mais leur système nerveux se régénère tout au long de leur vie (neurogénèse permanente), renouvelant ses neurones tout comme les autres cellules plus “vulgaires” de leur organisme. Ainsi, ils en sont réduits aux instincts innés, mais ne peuvent acquérir et conserver des apprentissages.
C’est pendant le rêve que s’enregistrent les souvenirs.
Pendant le rêve, l’animal est particulièrement vulnérable : il est provisoirement aveugle, presque sourd et paralysé. Quoi d’étonnant alors que le rêve implique tout d’abord un sentiment de sécurité. Ainsi, les vaches rêvent-elles jusqu’à trois fois plus à l’étable que dans les prés ! Et les grands carnassiers, sûrs d’eux-mêmes, se permettent de rêver durant 40 % de leur temps de sommeil, tandis que les pauvres animaux pourchassés n’osent y consacrer que 5 % de leur temps.
L’homme rêve, en moyenne, pendant 20 % de son temps de sommeil, soit environ 100 minutes chaque nuit — cela qu’il s’en souvienne ou pas. On sait que tout le monde rêve, mais huit minutes après le réveil, 95 % du contenu des rêves a déjà été oublié !
Le fœtus commence à rêver in utero, dès le 7e mois de la grossesse (donc, bien avant d’avoir des souvenirs conscients “censurés” à refouler — selon l’hypothèse périmée de Freud) et le nouveau-né continue de construire ainsi son cerveau pendant 60 % de son temps. La femme enceinte double d’ailleurs son temps de rêve pour “accompagner” la neurogénèse de son enfant. Ainsi, il n’est pas exclu qu’une partie de ces rêves permette la transmission inconsciente de certaines expériences de sa vie, contribuant à la fameuse “hérédité des caractères acquis”.
On a baptisé le rêve « le cordon ombilical de l’espèce » : il transmet les comportements fondamentaux nécessaires à la survie. Mais, il les enrichit et les met à jour par l’enregistrement des acquis de l’expérience, permettant ainsi « l’individuation » et la construction de la personnalité — somme de l’inné et de l’acquis.

Le rêve en Gestalt-thérapie (Perls et From)

Voici maintenant la manière de Perls d’approcher le rêve :
«Tous les différents éléments du rêve, dit-il, sont des fragments de la personnalité. Comme le but de chacun d’entre nous est de devenir une personnalité saine, c’est-à-dire unifiée, il nous faut rassembler les différents fragments du rêve. Nous devons nous réapproprier ces éléments projetés, fragmentés de notre personnalité et récupérer ainsi le potentiel caché du rêve.
[…] En Gestalt-thérapie, nous n’interprétons pas les rêves. Au lieu d’analyser, d’autopsier le rêve, nous voulons le ramener à la vie. La façon d’y parvenir est de revivre le rêve comme s’il se déroulait actuellement. Au lieu de le raconter comme si c’était une histoire passée, mettez-le en action, jouez-le au présent pour qu’il devienne une partie de vous-même, que vous y soyez vraiment impliqué.[…]. Si vous voulez travailler seul un rêve, écrivez-le, dressez la liste de tous ses éléments, de tous ses détails, puis travaillez les chacun en devenant chacun d’entre eux. […] ».
Certains Gestaltistes, comme Isadore From, considèrent le rêve (surtout pendant la nuit qui précède ou suit une séance de thérapie) non seulement comme une projection mais aussi comme une rétroflexion : le dormeur se dit inconsciemment des choses à lui-même pour ne pas les dire explicitement à son thérapeute : pour un patient en thérapie, ce n’est pas seulement un rêve, c’est un rêve qu’il va raconter à son thérapeute.
Ainsi, From réintroduit plus ou moins explicitement la notion de transfert.

Concrètement : huit approches du rêve

On en arrive ainsi à au moins huit aspects thérapeutiques du rêve — qui peuvent se combiner harmonieusement et que nous allons récapituler ci-après.

1. Le rêve en lui-même, avant toute exploitation délibérée, possède — comme on l’a vu — plusieurs fonctions “thérapeutiques” naturelles, fonctions biologiques d’adaptation et d’autorégulation qui n’impliquent d’ailleurs pas nécessairement sa remémoration consciente : révision et mise à jour de notre patrimoine génétique, individuation du comportement (Jouvet), dissolution progressive des traumatismes (Ferenczi).
2. Le simple récit verbal du rêve au réveil s’avère utile en ce qu’il permet une meilleure accession à la conscience, des associations spontanées et une dédramatisation éventuelle.
3. L’interprétation du rêve par associations concernant son contenu ou sa forme, son décodage symbolique (Freud) permet une riche plongée dans l’inconscient individuel.
4. La référence à un symbolisme universel, à l’inconscient collectif, au message caché à valeur prospective (Jung), apporte une dimension transpersonnelle et spirituelle.
5. Le rêve comme projection du dormeur (Perls) incite à la réunification des diverses facettes de l’individu par réappropriation successive d’éléments, a priori disparates.
6. Le rêve comme rétroflexion (From) permet d’enrichir l’échange thérapeute/client qui demeure au cœur de toute psychothérapie, notamment gestaltiste.
7. Le rêve peut être traité comme une Gestalt inachevée (Ginger) : en effet, la nature a prévu qu’il survienne au cœur du sommeil et par conséquent, hors de la conscience — tout comme la digestion. Si cette dernière devient consciente (lourdeurs d’estomac, etc.), c’est que quelque chose ne se passe pas bien. De même, si le rêve affleure spontanément à la conscience lors du réveil, c’est qu’il n’est pas entièrement “digéré”. Dans ce cas, on va l’aider à achever son travail interrompu. On pourra ainsi proposer au client de le raconter au présent, puis de le terminer à sa guise, en en prenant la responsabilité (son rêve lui appartient !) et en l’agissant (monodrame ou psychodrame), afin de liquider la tension psychique inconsciente d’une “situation inachevée” et de construire lui-même son avenir.
8. Enfin, on peut utiliser le rêve comme simple prétexte (et non comme texte à décrypter). Il sert alors, en quelque sorte, d’entame et le thérapeute se centre ensuite essentiellement sur la forme, c’est-à-dire sur le comment et non sur le quoi (le contenu) : il est attentif au ton de la voix, à la posture, aux gestes, etc. et travaille dans l’ici et maintenant de la relation avec le thérapeute, allant même jusqu’à négliger éventuellement le rêve lui-même.

Pour en savoir plus :

• GINGER Serge et Anne (1987) : La Gestalt, une thérapie du contact. Hommes et Groupes. 6° édition. Paris, 2000. 535 pages, 30 €

• GINGER Serge (1995) : La Gestalt, l’art du contact. Coll. de poche Marabout, Hachette. 5e édition : Paris, 2001. 290 pages, 7 €

• PERLS Fritz (1969) : Gestalt Therapy Verbatim. Traduit en français par : Rêves et existence en Gestalt-thérapie. Paris, l’Epi, 1972 (épuisé).

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